Renaud Muselier a été élu, ce lundi 29 mai 2017, à l’unanimité des 81 voix exprimées à la tête de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. L’eurodéputé succède ainsi à Christian Estrosi – désormais premier vice-président – qui a choisi de démissionner le 9 mai dernier pour se consacrer à sa ville de Nice.

Portrait de Renaud Muselier par Olivier Mazerolle, le 29 Mai 2017

J’ai fait la connaissance de Renaud Muselier le 7 mai 1992.
Quarante-huit heures plus tôt, la tribune nord du stade de Furiani s’était effondrée.

Jean-Baptiste Dumas, journaliste à RTL (j’en dirigeais la rédaction), comptait parmi les victimes. Le docteur Renaud Muselier l’avait recueilli dans son Centre de Réveil pour traumatisés crâniens à Marseille.

Ce jour-là et les mois suivants, j’ai rencontré un médecin compétent à la tête d’un centre innovant, attentif, accompagnant les malades et leurs familles dans les phases de mieux comme dans la tragédie.
Depuis, le docteur Muselier a ouvert un autre centre ultra moderne de réadaptation fonctionnelle. Parallèlement à ses activités politiques, il exerce toujours.

La médecine est sa passion.
La manière dont il la pratique, avec cette constante volonté de remettre en état le patient le plus abîmé et de le soutenir dans sa lutte permanente, dévoile la personnalité réelle de l’homme plus que ses coups de gueule et ses coups de sang. Car il en a.

Ses adversaires politiques voient souvent en lui un bagarreur, un sniper qui ne néglige pas l’usage de la mauvaise foi. À mon sens, la vérité est plus complexe.

Elle plonge ses racines dans une incroyable saga familiale.
Du côté maternel, la famille Muselier originaire de Caroline du Sud est revenue en Europe après la guerre de Sécession.
Elle s’est installée en Hongrie et en Albanie, chassée par les communistes et les fascistes. Du côté paternel, en partie d’origine juive, sa famille a donné à Renaud Muselier un grand-père amiral, premier officier général à rejoindre le Général De Gaulle, imposant la Croix de Lorraine comme l’emblème de la France Libre et un père déporté à Dachau pour faits de résistance.
Les deux branches de la famille Muselier ont été confrontées à l’Histoire, à la fois victimes des staliniens et des nazis. Ça forge le caractère !

Ami, Renaud Muselier l’est à la vie, à la mort.
Avec un adversaire politique, en gaulliste et médecin, il peut parler.

Face à un ennemi, de ceux avec qui il ne peut rien partager, il frappe.
On pourrait croire que la subtilité n’est pas son fort. La vie dans le marigot politicien l’agace. Il fonce souvent tête baissée. Ce qui explique un parcours politique en dents de scie, avec des fonctions prestigieuses, mais qui bute sur la plus haute marche.
Malgré son échec à la communauté urbaine de Marseille Provence Métropole et ses démêlés avec Jean- Claude Gaudin, Renaud Muselier n’accède pas à la présidence de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur en impétrant.

Secrétaire d’Etat aux Affaires Étrangères, il a vécu le refus de la France de se lancer dans une guerre désastreuse en Irak, provoquée par de fallacieux motifs idéologiques. Il y a trouvé confirmation de l’importance de la Méditerranée et du Proche-Orient, qu’il a ensuite cultivée à la tête de l’Institut du Monde Arabe à Paris.

Président fondateur d’Euroméditerranée, il a participé au lancement des grands chantiers d’urbanisme qui rénovent la Joliette et le centre de Marseille pour en faire la rampe de lancement de l’activité économique de la ville. Pourtant, il trimballe avec lui la réputation de l’éternel espoir, insubmersible parce que toujours de retour, mais qui échoue dans la dernière ligne droite.

Il en porte une part de responsabilité en raison de son goût pour l’autodérision, couronné par un prix de l’humour politique en 2003 pour avoir déclaré :  » Dominique de Villepin fait tout … Je fais le reste ! « .

En succédant à Christian Estrosi dont il a été un appui fidèle, Renaud Muselier accède pour la première fois à la présidence d’une institution politique puissante, renforcée dans ses prérogatives par la loi de 2015 sur la Nouvelle Organisation territoriale de la République.

Confronté à la seule opposition du FN, les circonstances lui donnent les pleins pouvoirs, en même temps qu’elles l’obligent. Renaud Muselier sait que la droite a gagné la Région grâce à l’attitude du socialiste Christophe Castaner qui a décidé de saborder son propre camp pour barrer la route au FN. Voilà qui justifie, en retour, la prise en compte des objectifs des élus locaux, à commencer par les maires, quelle que soit leur étiquette, y compris de gauche.

La Région est une formidable institution pour qui sait en utiliser toutes les potentialités.
Elle permet de concilier et combine toutes les aspirations, celles des TPE, qui constituent la majorité du tissu économique en Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui ont besoin de soutiens et d’actions immédiates ; et celles des grandes entreprises tournées vers les investissements d’avenir.

L’une des priorités du nouveau Président va être de renforcer l’efficacité de la formation professionnelle en obligeant les organismes qui agissent dans le secteur à présenter des projets et des cursus qui correspondent concrètement aux offres d’emplois disponibles dans la région.
Pour agir, la Région dispose d’une multiplicité de fonds et d’instruments, souvent inutilisés parce que trop complexes. Les mettre à la portée de tous en expliquant leur utilité comme un médecin le fait des instruments les plus sophistiqués, sera une des tâches de Renaud Muselier.

Député européen, il connaît les arcanes de Bruxelles pour y décrocher les fonds structurels jusqu’ici inutilisés – 1 milliard d’euros attend que soient précisés les projets de la région pour être distribués – et corriger par exemple l’anomalie qui permet aux grands ports du nord de l’Europe comme Hambourg et Rotterdam de récupérer de nombreuses subventions quand le port de Marseille ne reçoit pas le moindre centime.

La Région Provence- Alpes-Côte d’Azur est l’une de celles qui comptent le plus.

Chacune de ses trois entités porte un nom connu dans le monde entier.
Avec l’Ile de France, les Hauts de France et Rhône-Alpes, elle est présidée par un politique de renommée nationale, capable de peser dans les rapports avec l’État.

En accédant à la présidence, Renaud Muselier trouve l’occasion de démontrer ce qu’il sait faire, qu’il peut être un Président à l’écoute, dans l’action et ambitieux pour sa région.
Cette opportunité unique lui est offerte. Il s’y préparait depuis longtemps.
À lui de démontrer qu’il est prêt.

En tant qu’ami, je le lui souhaite.
En tant que marseillais, je le souhaite pour la région.

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