Les violences de la nébuleuse de militants de l’ultra gauche (anarchistes et autonomes) revient au premier plan de l’actualité en ce début d’année 2018 en marge de différents mouvements sociaux et sa croissance pose un réel problème. 

L’ultra gauche se distingue de l’extrême gauche par ses objectifs et ses modes d’action. 

L’extrême gauche porte des revendications politiques, économiques et sociales radicales ayant comme objectif une prise de pouvoir. C’est le cas par exemple du NPA ou de Lutte ouvrière. Ces organisations présentent des candidats aux élections nationales et diffusent des revendications. Elles rentrent en partie dans le jeu politique. Même si elles infiltrent leurs militants dans les syndicats ou les associations de manière le plus souvent anonymes (c’est ce que l’on appelle l’entrisme). Elles manifestent et participent à des actions de terrain en particulier de solidarité avec les salariés d’entreprise en difficulté, de grèves, de communication (affichage et tractage) … Elles sont fortement structurées, leurs membres actifs cotisent à un niveau élevé et elles disposent de nuages d’anciens membres et de sympathisants mobilisables pour les grandes occasions. 

L’ultra gauche (anarchiste, autonome et anticapitaliste) ne vise pas la prise du pouvoir, mais le combat contre ce qu’elle considère comme de la «violence économique» (capitalisme, mondialisation, société de consommation) et comme de la «violence étatique» (institutions et l’autorité, dont celle des forces de l’ordre). Elle ne dispose ni d’organisation légale structurée ni d’une idéologie. Elle n’est pas «pour» quelque chose, mais seulement contre la société. Elle appelle à des formes d’action insurrectionnelles et illégales. Elle mène à des actions violentes depuis de nombreuses années en France (comme dans d’autres pays) en fonction des échéances et des situations. Sa vision est insurrectionnelle, elle repose sur «le romantisme de l’émeute», cultivé par les anarchistes au travers de l’histoire. Elle ne nécessite pas de moyens importants.

Ses slogans sont : «ne prenons pas le pouvoir, détruisons-le !», «tout le monde déteste la police», «tous les flics sont des salauds», «mort aux entreprises multinationales», «l’État, c’est l’absence d’État».

L’une des tactiques de lutte collective des activistes de l’ultra gauche est constituée par le black bloc. C’est-à-dire que leur pratique consiste à se mêler à une foule (de manifestants pacifiques et de badauds), de traverser les barrages et les contrôles, à communiquer sur des réseaux de messagerie cryptés puis de se retrouver par petits groupes (un «bloc»), de se changer rapidement pour apparaitre vêtus de noir, gantés et cagoulés (anonymat) afin de mener des actions violentes en cassant du mobilier urbain, dégradant des commerces, brûlant des voitures et affrontant les forces de l’ordre qui interviennent contre eux. Ils se spécialisent dans l’action, un bloc étant chargé de casser des vitrines avec des armes ou des outils, l’autre de jeter des cocktails Molotov. À la fin, ils changent leurs vêtements pour se fondre dans la foule et disparaître.

Ces militants sont équipés pour se protéger (protection, masque, lunettes de piscine), souvent armés pour casser (marteaux, burins, pioches), pour se défendre en utilisant des projectiles qu’ils trouvent sur le lieu même de leur intervention. Ils utilisent donc plusieurs techniques en fonction de leur but (attaquer ou défendre) et de leur cible (force de l’ordre ou biens matériels). L’effet de masse qui en découle participe de l’image impressionnante de solidité et d’union qui émerge d’un Black bloc. Pour eux, «la masse procure la sécurité». Ils se dispersent en petits groupes au moment des actions pour saturer les services d’ordre, puis se rassemblent au sein du bloc pour assurer une défense solidaire. 

Les exactions de l’ultra gauche ont comme objectif une communication. Il s’agit de focaliser l’attention de l’opinion, à travers les médias, pour imposer le message selon lequel il existe dans le champ politique une critique radicale de la société sur le plan économique, social et politique.

Au noyau d’activistes de l’ultra gauche se joignent des jeunes tentés par l’expérience de l’action et des militants d’extrême gauche qui prennent part à titre individuel, ou collectif, à des actions de l’ultra gauche, mais sans faire connaitre leur appartenance. Il existe du nomadisme entre les deux mouvances politiques, extrêmes et ultras. 

Ces pratiques violentes de l’ultra gauche, déclenchées à partir d’une manifestation, sont connues et enseignées au sein des forces de l’ordre. Les préconisations actuelles de la police, face au développement de cette tactique de l’ultra gauche, sont les suivantes : 

-Les forces de l’ordre sont invitées à respecter deux principes essentiels pour le maintien de l’ordre : «la proportionnalité et la gradation» de l’action. Selon cette thèse, la «surprésence policière» serait considérée comme une provocation vis-à-vis de l’ultra gauche. Cette analyse, évidemment contestable, explique pourquoi les effectifs de police mobilisés à Paris n’étaient que de 1.500 face à un groupe cagoulé estimé à plus de 1.200 ultras. Les déclarations du ministre et des services sur la sous-estimation des militants posent question soit au niveau de la qualité du renseignement, ce qui n’est pas crédible, soit sur l’intention du ministère à cette occasion. 

-Pour la gestion des manifestations, une répartition des rôles est mise en place par la Préfecture : les services d’ordre des organisateurs de la manifestation ont en charge le cortège, ce fut le cas de 20.000 personnes à Paris pour le 1er mai, soit seulement une grosse moitié des manifestants. Les forces de l’ordre ont pour mission la réponse à apporter aux militants d’ultra gauche. Le choix de cette répartition des rôles acte l’incapacité dans laquelle se trouvent désormais la CGT et/ou le PCF de mettre en ligne un service d’ordre (SO) puissant comme autrefois. Il fut un temps ou leurs SO s’occupaient des gauchistes sans problème majeur. 

-La doctrine qui sous-tend les actions des forces de l’ordre promeut l’organisation d’une communication avec les manifestants, le dialogue au travers d’intermédiaires entre les forces de l’ordre et les activistes d’ultra gauche, des actions ponctuelles en marge des cortèges. 

-Elle affirme des doutes sur la capacité à coincer les meneurs, car les interpellations se font dans des conditions qui ne permettent pas toujours de recueillir tous les éléments nécessaires afin de permettre des poursuites judiciaires. «Toute interpellation (hors flagrant délit évident) devrait se faire sur la base d’éléments probants suffisants (photographies, images vidéo, témoignages de plusieurs membres des forces de l’ordre)». 

-L’acceptation de l’affirmation selon laquelle les ultragauches fonctionneraient «sans chef» conduit à ne pas trop avancer quant à l’identification des principaux responsables des violences urbaines. 

Le Mouvement Initiative et Liberté (MIL) estime que la doctrine à avoir face aux violences des militants de l’ultra gauche doit évoluer, tout en prenant toutes les précautions utiles pour éviter toutes conséquences dramatiques sur le plan humain. La doctrine actuelle est passive par prudence suite à des accidents regrettables. En conséquence, elle ne freine en rien les actions de l’ultra gauche, elle permet aux activistes d’afficher une impunité, elle conduit à terme à la croissance du mouvement de l’ultra gauche et de ses actions : occupations de locaux ou de terrains, violences contre les biens, agressions des agents de la force publique, attaque de tous les opposants potentiels. 

Les provocations augmentent chaque semaine, en nombre et en intensité. Paradoxalement, elles rendent encore plus probable le risque de blessés graves et peut-être pires. Cette passivité face aux attaques de l’ultra gauche présente les plus forts risques. 

Le Mouvement Initiative et Liberté (MIL) considère qu’une action préventive à l’encontre de l’ultra gauche doit être menée. Elle passe par le développement du renseignement (qui fonctionne déjà bien), le suivi des éléments les plus dangereux et l’organisation de mesures préventives. Cette action passe par le démantèlement des zones de non-droit tolérées comme à Notre-Dame-des-Landes, dans des squats, dans des universités, dans des camps de migrants. 

Le Mouvement Initiative et Liberté (MIL) sait, comme la police, qu’il existe un certain nombre de responsables majeurs de cette mouvance politique violente. Il faut prendre contre eux toutes les mesures que permettent les lois en vigueur. Il juge qu’il faut que le gouvernement de la République accepte de mettre des délinquants en prison, même s’ils doivent être qualifiés demain de détenus «politiques» par la gauche de la gauche. Il est clair que Macron ne souhaite pas prendre ce risque. 

Le Mouvement Initiative et Liberté (MIL) estime que, lors des manifestations, la défense des biens fait partie des missions des forces de l’ordre. Les effectifs des forces de l’ordre déployés doivent être en rapport avec les menaces. Une action préventive tenant compte de la nature des lieux est possible. L’interpellation des personnes masquées est légale selon le décret de 2009 qui permet «l’incrimination de dissimulation illicite du visage à l’occasion de manifestations sur la voie publique». Faut-il encore qu’elle soit engagée. De même, il faudrait peut-être recréer un outil similaire au Peloton de voltigeurs motoportés (PVM) qui était très efficace contre les casseurs (Le PVM a été créé en 1969 et fut dissout en 1986).

communication du MIL, 3 mai 2018

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