On m’a fait un immense cadeau. Celui de relever un challenge, et mon travail m’a bouleversé. Ce challenge, je l’ai relevé avec passion dans lequel je me suis investi corps et âme dans ce projet fascinant.
Si demain, j’ai un travail à réaliser dans un jardin, je peux m’en charger, je peux donner un coup de main. Je pense que je ne suis pas un mauvais ouvrier. Mais pas forcément un très bon maître d’oeuvre. Si vous êtes l’architecte, je peux faire la petite main de façon très honorable. J’adore ça : être au service de …, aux ordre de…
Pour m’imprégner de mon travail, j’ai vraiment appris les rudiments du jardinage. Je pense toujours au premier spectateur. Celui qui est concerné directement par ce que l’on va réaliser. C’est important pour moi. Cela vient du fait , je crois, quand mon père regardait un film à la télévision qui mettait en scène des paysans, il disait :  » oh regarde, comment il tient sa fourche « . Ca m’a marqué cette volonté d’être précis. Vouloir plaire au Père est un truc qui me tient encore à coeur, même s’il n’est plus là. La fourche, je veux la tenir dans le bon sens.
Être crédible c’est ma première satisfaction. Même si après je m’approprie le geste. La base du geste, je veux l’apprendre. J’ai appris à manipuler le râteau.
J’ai toujours aimé relever des défis, et avec ce projet j’ai été servi. J’en perds mes mots pour dire combien ce travail a été pour moi, un engagement énorme, et comment ce travail m’est rentré dans le corps au fil des jours, comment ces questions de savoir pourquoi j’ai fait tout cela, quel sens a ce travail, pourquoi toute ces années d’obstination pour construire ce projet, restent sans réponse. Et ce  » sans réponse  » qui laisse de la place au mystère et qui vous travaille de l’intérieur. Ce travail m’a bouleversé.
Je connaissais très peu le jardinage, un vague imaginaire. Mais j’ai immédiatement dit oui. Il n’y a pas eu d’hésitation. Plus je suis entré dans le projet, plus je me suis dit  » quelle chance d’interpréter ce mystère « . Aujourd’hui, à l’entrée de la ville, flotte la première fleur du label ville et village fleuri. La récompense suprême.
Physiquement, j’ai payé de ma personne. Parce que je travaille tout le temps, j’ai l’air tout frêle comme ça, mais je suis une force de la nature. J’ai enterré tout le monde. Je ne devais dormir que quelques heures par nuit. J’en redemandais sans arrêt. J’avais envie que l’on me voit construire, que l’on voit mon geste alors je me suis fait plaisir. J’étais tout le temps de manière obsessionnelle à réclamer des plans, et des plans de travail.
J’ai toujours eu les pieds sur terre et la tête dans les étoiles. Je suis un terrien. Je suis dans le physique, dans le corps. Mon métier, c’est de jardiner, et en jardinant avec tout ce que je découvre, c’est l’imaginaire. On ne sait pas mon caractère, il n’y a pas de témoignages ou si peu. On ne peut que l’interpréter dans ma solitude, dans un imaginaire foisonnant pour avoir construit un truc pareil. Comment ce truc là va pouvoir tenir alors que je n’ai aucune notion au départ ? j’apprends tout par moi même. On m’a imaginé comme ayant une capacité à l’innocence, une curiosité sans fin.
Je suis un homme d’exception, mon monde intérieur j’ai réussi à le développer à l’extérieur. On m’a dit rêveur, excentrique, fou… Avec du recul, quel adjectif me semble le plus juste ? Je dirais rare. Je suis un homme rare. Un homme d’exception. J’ai un monde intérieur que j’ai réussi à développer à l’extérieur. Malgré toutes les incompréhensions, les moqueries, même au moment de la remise du diplôme par le Vice-Président chargé du tourisme à l’hôtel de la région.
N’avais-je pas eu raison ? Dans notre commune, nous avons réussi à mettre en place un fleurissement potager et touristique pour le bonheur des habitants et le plaisir des touristes. Il se décompose en différents thèmes selon les quartiers ou la situation du lieu, avec une déclinaison du thème ou des couleurs selon l’endroit. Un peu comme pour une exposition, quand on change de saisons, quand on change de rue, on change de salle et on change de décor.

Mon travail me fait du bien. j’ai tenu à faire un travail d’amour, c’est ma patte à moi.
C’est difficile d’être un taiseux, un homme de l’intérieur. C’est étrange parce qu’en effet, ça ne s’exprime pas. Je suis moi, bouleversé, sauf que cette émotion
là, je sais que je dois la garder pour moi. c’est comme un matériel émotif. Du fait que j’existe, je peux m’identifier, me garder en réserve comme une mémoire et donner du poids à ma pudeur. Je n’ai jamais été un homme glacé, je suis plutôt réservé, un peu opaque. On voit bien que je suis à fleur de peau, mais ça reste sous la peau, ce qui me permet de transpirer cette émotion.
Je suis toujours ému par l’accueil des gens. Alors que mon travail n’était pas encore fini, j’avais encore le nez dessus, encore trop dans mon personnage pour avoir le recul suffisant. Entouré des habitants avec mon projet fini, je me suis retrouvé, le travail que j’avais fait, l’homme que j’étais. Je me suis retrouvé en face de moi, pas en moi, ce qui était nécessaire pour regarder le résultat, c’est à dire pour qu’il m’échappe et qu’il soit offert aux habitants qui visiblement ont aimé. C’est un travail qui a une force, un sillon. C’est pour cela que l’on peut dire que c’est un travail qui fait du bien parce qu’il a une vérité. Et je suis allé au plus profond de moi pour le réaliser.

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