Région, Europe, Présidentielle, pour rétablir la vérité sur l’Europe !

Le numéro 2 de la Région a accepté pour notre journal de se livrer pendant une bonne heure dans son bureau, qui donne sur la Porte d’Aix, au siège de la collectivité à Marseille. Le médecin toujours en activité et ancien secrétaire d’État (de 2002 à 2005), 58 ans le 6 mai, était la tête de liste pour la droite dans la grande circonscription Sud-Est aux dernières élections européennes de 2014. Largement vainqueur, il a clairement retrouvé du poil de la bête, après avoir décidé d’arrêter sa carrière politique durant trois ans. Fervent défenseur de l’Europe, il a un peu plus fait de Bruxelles et de la chasse aux fonds européens l’une de ses priorités depuis son élection à la Région, en décembre 2014, aux côtés de Christian Estrosi.

Pouvez-vous décrire la manière dont s’articule votre ticket à la tête de la Région avec M. Estrosi ?

Il a été pensé et mis en place dès le départ. Nous sommes des hommes politiques très différents, mais très complémentaires. Il est Niçois, je suis Marseillais, deux villes, deux populations, deux mentalités qui ne sont pas du tout les mêmes. On a une grosse expérience : politique, institutionnelle. On a été tous les deux ministres. On a un équilibre pour qu’il n’y ait pas de malentendu. J’ai la signature de tout ce qui se passe pour les Alpes-Maritimes. Donc, on ne peut pas dire que M. Estrosi donne la préférence à son département !

Quelles sont vos principales attributions en tant que président délégué, ou premier vice-président de la Région ?

J’ai principalement en charge deux dossiers essentiels pour l’avenir de la Région. D’abord l’Europe, et c’est cohérent puisque je suis député européen. Ce sont les régions qui gèrent aujourd’hui les fonds européens. Elles les suscitent, les organisent, les ventilent, et cela représente 2 milliards d’€ dans la mandature. J’ai pris aussi la présidence du comité régional de tourisme. Un outil magnifique pour la Région avec les trois marques : Provence, Alpes, Côte d’Azur, à promouvoir. Avec Christian Estrosi, il y a une vraie complicité entre nous. Cela fait d’ailleurs un an et demi qu’on est élus et vous n’avez jamais entendu parler d’un moindre couac.

Comment s’organise votre emploi du temps entre vos fonctions à la Région et au Parlement européen ?

Sur un mois, l’Europe représente pour moi une semaine à Strasbourg, du lundi soir au jeudi soir, et trois autres semaines à Bruxelles, où j’y suis le mardi et mercredi. Je suis à la Région le lundi, jeudi, vendredi et samedi, toute la journée. En termes d’efficacité politique, le fait d’être à Bruxelles, c’est l’accès aux fonds européens qui sont les fonds structurants. Ils pèsent lourd. C’est beaucoup d’argent à reventiler sur la totalité de notre territoire. Je suis vice-président de la commission Transports au Parlement européen, car je suis l’élu de la grande circonscription Rhône-Alpes-Paca-Corse, qui, après Paris, compte les plus grands aéroports, gares et ports. Cela me permet de peser le plus possible pour eux.

Comment expliquez-vous la virulence des critiques émises sur l’Europe par bon nombre de candidats à la présidentielle ?

C’est de la démagogie populaire mais qui est en partie fondée sur une erreur. Tous les dirigeants français au sein des gouvernements successifs, dont j’ai fait partie, se sont appuyés sur la transposition maximaliste des directives européennes. Un exemple simple : quand l’Europe se mêle de la cueillette des fruits, elle décide que les échelles pour cueillir les pommes ne doivent pas dépasser 3 mètres. Mais nous, on a mis 3 marches d’escabeau en plus, pour dire après que c’est la faute de l’Europe. Non ! Ce sont les services du ministère de l’Agriculture qui ont transposé les lois européennes pour faire voter au Parlement français cette imbécillité. Qui rend l’Europe insupportable pour la totalité des agriculteurs. Alors qu’elle est la première contributrice pour eux avec la PAC.

Pouvez-vous nous parler des dernières décisions du Parlement européen ?

Ce mois-ci, on a voté l’uniformité de la facturation des communications avec les portables au sein de l’UE. Le président allemand est aussi venu s’exprimer pour la première fois devant nous pour vanter les bienfaits de l’Europe en termes de paix, libre circulation, démocratie. J’ai vécu le moment avec une certaine délectation. Puisque moi, Muselier, petit-fils de l’Amiral qui a donné la Croix de Lorraine à la France libre, fils de celui qui a été déporté à Dachau, suis assis au Parlement européen à côté de la petite-fille de Mussolini pour applaudir le président allemand, c’est énorme ! Je me demandais si mes grand-père et père avaient pu penser une seule seconde à cette scène ? Eh bien cela fait partie de l’Europe, et on l’oublie tout le temps.

Pourquoi ne parle-t-on jamais, ou presque selon vous, de ce que vous estimez être les bienfaits de l’Union européenne ?

Une majorité de la classe politique ne sait pas ce qui s’y passe. Nous aussi, à la Région, on a réalisé que le plan Juncker donnait accès à 100 milliards d’€. Mais si on ne leur demande pas, on ne l’aura pas ! Quand je vois en départ de mandature européenne 11 milliards sur la commission Transports, je vois également : 0 € pour le port de Marseille ! On m’explique ici qu’on est l’un des premiers en Europe, mais que l’Europe, c’est trop compliqué… Le port de Strasbourg prend 7 millions, Hambourg 72, Amsterdam 45 ! En fait, on n’a pas le réflexe, la culture. Aujourd’hui, il n’y a plus un seul dossier qui arrive dans mon bureau sans qu’on sache avant s’il est éligible aux fonds européens. Tout le renouveau de Marseille autour du port, les dernières années, a été financé à 40 % par l’Europe. Avez-vous vu le drapeau européen à chaque fois pour dire merci ? Par contre, dès qu’un truc va mal, on dit que c’est la faute de l’Europe ! Le problème est qu’elle est devenue un contributeur financier obligatoire, et plus un projet politique.

Que faudrait-il changer en priorité pour modifier cette perception ?

Seuls Macron et Fillon le disent : il faut revoir la totalité des transpositions européennes dans le droit français. Si on fait déjà ça, l’Europe sera plus appréciée. J’ai été pendant vingt ans élu à l’Assemblée nationale. J’y étais très heureux. Mais l’Europe, c’est une autre dimension, surtout une autre ouverture d’esprit. Grâce à mes fonctions au gouvernement sous Jacques Chirac, j’ai une perception différente de l’islam, des religions, des couleurs des gens par rapport à leur propre culture. Mon expérience internationale fait que je la mets peut-être plus facilement à disposition de mon pays et ma région quand je siège à l’Europe. J’obtiens souvent ce que je veux là-bas. Car je pense avoir une ouverture d’esprit différente d’un homme clanique.

Renaud MUSELIER, député européen 26/04/2017

http://c.ledauphine.com/vaucluse/2017/04/17/une-ouverture-d-esprit-differente-d-un-homme-clanique

ATTAQUES D’ERDOGAN CONTRE L’EUROPE: « TROP C’EST TROP, IL FAUT SANCTIONNER LA TURQUIE ! »

16 avril 2017, un point de non-retour est franchi dans le destin européen de la Turquie.
Si comme l’affirme le Président Recep Tayyip Erdogan, la victoire du « oui » au référendum visant à lui attribuer des pouvoirs sans précédent est historique pour la Turquie, celle-ci a plus un goût de défaite qu’autre chose. En effet, ce bouleversement signe, au moins provisoirement, l’arrêt de mort de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne.

Plus qu’un simple vote, une rupture avec les valeurs européennes.
Alors que depuis plusieurs mois, sur fond de populisme, le nouveau Calife Erdogan multiplie impunément les attaques contre l’Union européenne, ce plébiscite autocratique est la goutte d’eau qui fait déborder le vase : attribution des pleins pouvoirs, refus d’une intervention du Conseil de l’Europe dans le processus de vérification de la probité du référendum, proposition de retour à la peine de mort.

La Turquie n’est pas en position de contraindre l’Europe.
La Turquie n’a pas à menacer l’Europe de rompre notre accord si important sur les réfugiés. Le Président turc n’a pas à utiliser l’Europe comme un terrain de campagne pour son référendum personnel. Et aucun dirigeant digne de ce nom ne peut qualifier ses homologues de nazis pour quelque raison que ce soit. Certes, il s’agit d’un partenaire essentiel pour l’Union européenne. Mais il est inenvisageable que ce partenariat puisse perdurer dans telles conditions.

Monsieur Erdogan souhaite une rupture, offrons-la-lui.
L’Europe doit maintenant apporter une réponse forte aux menaces turques. Et cette réponse ne passera que par la suppression, jusqu’à nouvel ordre, de l’instrument d’aide à la préadhésion dont l’Etat turc bénéficie et auquel notre pays contribue. Car il est inimaginable que les contribuables européens déboursent les 4,5 Milliards d’euros programmés d’ici à 2020, pour un pays qui ne possède manifestement plus le désir, ni la capacité, d’intégrer notre continent et ses valeurs. Et en l’absence d’une réponse forte de l’Allemagne, premier destinataire de la diaspora turque en Europe, c’est à la France de prendre le leadership et ses responsabilités pour confronter le dirigeant turc à ses propres menaces. Je veillerai à ce que le prochain Président de la République française respecte cet engagement.

Le prochain Président de la République et l’Union européenne devront s’entendre avec la Turquie car ce sont nos voisins et nos alliés. Mais chacun doit savoir rester à sa place et à son niveau, sans arrogance, sans prétention, sans brutalité, mais avec bon sens.

Renaud Muselier, député Européen